C H I R O U B L E S
Séverine et Hubert DESMURES Viticulteurs-Exploitants Grille-Midi 69115 CHIROUBLES
M. Louis ORIZET est une des personnes ayant le mieux "chanté" le Beaujolais dans les années "soixante". C'était toujours un discours qui sortait du fond du cœur lorsqu'il en parlait et à plusieurs reprises il a composé des chants à la gloire de cette belle région. Voici donc, un article écrit par lui (et qu'aujourd'hui encore j'approuve pleinement) et qu'il avait intitulé :

ETRE VIGNERON

Le vigneron ne fait pas un vin mais un cru ; il ne vous reçoit pas chez lui, mais d'abord à la cave. Il ne vous la fait pas visiter, il vous y accueille. Il ne vous donne pas son vin, il vous l'offre en témoignage d'amitié.

Etre vigneron, c'est être soigneux, observateur, curieux. Etre vigneron, c'est être inventif dans la tradition, enthousiaste dans la méditation, fougueux avec patience, artiste avec méthode, audacieux avec réflexion, obstiné avec fantaisie. Pour le vigneron, la vigne est un combat entre la matière, les éléments, la biologie et sa main œuvrante.

Cette matière, c'est la roche, la terre. Les éléments sont l'air, le soleil, le vent, le froid, l'eau. La biologie, c'est la vigne, le vin. Son œuvre commence dans une rêverie de la volonté.
A cette école d'adversité, le vigneron nourrit sa foi, forge sa résolution, fortifie sa sagesse. Il faut cinq ans pour faire une vigne productive, douze ans pour la rendre intelligente et, si le vigneron a commis une erreur, il en paiera le prix pendant quarante ans.

Il faut une année pour faire une bonne récolte, trois ans pour amener une bouteille à affronter l'épreuve du temps, dix ans, parfois vingt, pour qu'elle atteigne l'état de grâce. Quand le vigneron taille sa vigne, le coup de sécateur qu'il donne engage la future récolte mais prépare déjà la suivante.

LE SALAIRE DE LA PEUR : Ainsi, constamment projeté dans l'avenir, le vigneron est un artisan de la méditation. Il vit son année dans la peur : peur de la gelée noire d'hiver, capable de détruire son vignoble, peur de l'orage qui ravine la terre, peur de la grêle qui anéantit la récolte, peur du gel de printemps qui brûle les bourgeons. Quand il a dominé ces peurs, il joue le salaire de son année de travail à la roulette du beau temps pour décider de la date de la cueillette. Tout cela, le vin l'enregistre au plus profond de sa matière et nous le rend dans la voluptée de la gorgée.

Le gourmet, s'il le devine, ne sait l'expliquer mais n'en perçoit pas moins le message humanistique, au plus profond de son être. Il soupçonne que, dans la frange de la cuvée, quelque chose s'éveille, porté par le bouquet naissant, germe dans la graine, chenille dans le cocon : quelque chose qui est la naissance d'une âme, et accomplit dans la peine, sa lente et difficile mutation.